
La loi 2025 sur la Religion rend illégales de nombreuses activités religieuses, qui relèvent pourtant de l’exercice de la liberté de religion et de conviction.
Une nouvelle loi sur les religions est entrée en vigueur au Kirghizistan le 1er février 2025, vidant pratiquement de leur contenu toutes les dispositions constitutionnelles garantissant la liberté de culte. En effet, tout activité religieuse est interdite sans l’autorisation préalable des autorités.
500 signatures pour ouvrir une église
Pour qu’une communauté religieuse soit reconnue, il faut désormais la signature de 500 membres adultes habitant la même région. Un objectif impossible à atteindre, notamment parce que les croyants hésitent considérablement à transmettre leurs coordonnées aux autorités. Ils ont en effet peur d’être fichés et mis sur écoute par le régime.
Une pression accrue sur les églises existantes
«De nombreuses personnes refuseront de s’identifier comme fondateurs d’une communauté religieuse», explique un défenseur des droits humains, sous couvert d’anonymat. «Fixer à 500 le nombre de signatures à récolter, ce qui est impossible à atteindre, limitera drastiquement le nombre de communautés religieuses. C’est un déni de la réalité multi-confessionnelle de notre société» poursuit-il.
Que va-t-il donc se passer pour les églises déjà existantes et installées mais qui ne pourront pas rassembler 500 signatures (ou qui n’essaieront même pas)?
«De nombreuses communautés ne pourront plus se rassembler pour lire des textes religieux, prier ou adorer ensemble.»
Notre interlocuteur ajoute qu’elles «ne pourront plus, non plus, mener à bien des projets caritatifs ni d’autres activités».
Se soumettre au contrôle ou entrer en clandestinité
Il existe alors deux façons de réagir à cette nouvelle situation. La première consiste pour plusieurs communautés religieuses à mutualiser leurs signatures pour arriver à en présenter 500. Cela donnerait naissance à des «centres spirituels administratifs». Mais résultat: «Ces ‘centres’ et leur clergé seront beaucoup plus faciles à contrôler pour le régime» déplore le défenseur des droits humains cité plus haut. Autre alternative: entrer en clandestinité.
Mais la nouvelle loi du 1er février 2025 précise des sanctions sévères en cas d’activités religieuses illégales. Pour l’instant, pas de prison, sauf en cas de critique directe du régime. Mais des amendes aux montants exorbitants. Pour un individu pratiquant son culte dans un bâtiment non-autorisé, par exemple, l’amende s’élève à 20 000 soms (trois semaines de salaire environ). Pour une communauté entière, l’amende est plus que triplée.
Attaques de foules en colère
Dans un tel contexte, les attaques de foules en colère contre des chrétiens se multiplient dans l’indifférence complète des autorités. A tel point que les chrétiens agressés n’osent pas toujours porter plainte, par peur de déclencher la colère... des policiers. Dans un cas, la police est intervenue pour« calmer la colère de la foule et obtenir des deux camps qu’ils fassent la paix», selon une source protestante anonyme. Mais les agresseurs n’ont jamais été traduits en justice.
Entre les restrictions légales et l’hostilité de la société, les chrétiens et les autres minorités se retrouvent pris en étau.